Vingt-deux heures. Esplanade Riadh el Feth. Un public nombreux et hétéroclite entoure la scène où se font les dernières balances. Les discussions vont bon train sur le concert Amazigh qui s'est tenu la veille et sur le programme du jour. Quand soudain, le temps se suspend, le silence se fait.
Trois percussionnistes et huit danseurs surgissent face au public. Les danseurs arborent des masquent traditionnels dogons d'une beauté fascinante, on comprend aisément qu'ils aient pu inspirer les surréalistes et les cubistes. Deux d'entre-eux sont perchés sur des échasses et un dernier porte un masque surmonté par un totem de plusieurs mètres de haut. Le rituel des danseurs dogons du Mali commence. Durant leur prestation, il leur est interdit de parler aux femmes et aux enfants. Ils lancent des cris stridents, qui sont au fait une langue occulte pour s'adresser aux esprits. Les danseurs rivalisent de virtuosités sur des rythmes d'une grande complexité. Les spectateurs conquis (et les enfants effrayés!) encouragent chaleureusement les danseurs.
Les musiciens de Connexion Latina prennent place sur scène, tous habillés de rouge et de noir. La Latin Jazz fait suite au rituel Dogon mais le spectateur à l'oreille aiguisée remarquera la grande parenté des rythmes (le plus souvent ternaires) entre les deux expressions musicales... Panafricanisme quand tu nous tiens! Le chanteur tentera de s'adresser au public en espagnol sans succès.
Mais rapidement la musique de Connexion Latina pourvoira largement à la communication et le public s'enflammera pour les chansons, les danses, et les improvisations des musiciens venus de toute l'Amérique latine. La Salsa s'empare de l'esplanade, les algérois et les algéroises se découvrent des talents de danseurs latinos. Le groupe enchaîne chansons et morceaux instrumentaux avec des improvisations époustouflantes à la trompette et au trombone. Pendant une demi-heure on se serait cru transporté dans un vieux quartier de la Havane.
Enfin Lotfi, le mythique guitariste du non moins mythique groupe Raina raï, prend possession de la scène en compagnie de ses musiciens. Le public reprend en chœur les tubes interprétés par Lotfi et ses musiciens: Ya zina, Ya rayi...etc Lotfi Attar survole tout le répertoire de Raïna rai sur sa six cordes. Ses Istikhbars à la guitare électrique vous donnent des frissons et ses envolées lyriques dans des solos à la Santana sont du plus bel effet sur des rythmes du terroir de Sidi Bel Abbes. Lotfi est de retour et dans sa meilleure forme.
Walid B.