La deuxième édition du Festival Panafricain est un défi, c'est aussi une espérance. Bien sûr qu'en tant qu'Africains, nous savons qui nous sommes et où nous sommes.
Bien sûr qu'en tant qu'Africains, nous connaissons la nature du regard de l'Autre et où il nous situe dans l'échelle des «valeurs» qu'il s'est lui-même forgée. Bien sûr que nous savons tout ce que nous endurons et parfois même pourquoi nous le subissons. Bien sûr que nous savons que dans le lot des malheurs qui nous accablent, les guerres, les catastrophes en tous genres et les pandémies spectaculaires, nous savons, aussi, établir les priorités. Mais voilà : nous avons décidé autre chose. Nous avons décidé que du 05 au 20 juillet, à Alger, nous allons briser cette martingale des désastres que l'on nous a parfois programmés, cette fatalité débilitante où l'on veut nous maintenir. Mais mille mots et mille gestes, mille sons et mille images, mille cris et mille souffles, mille senteurs et mille prières sous le ciel d'Alger pour dire que nous sommes toujours là. Que nous existons depuis que notre aïeule LUCIE a vu le jour et avec elle le premier vagissement humain sur terre, scientifiquement établi.
Que donc, depuis des millions d'années, nous n'avons cessé de créer la vie, de réduire les dangers et d'organiser l'existence de l'homme, d'inventer les formes de défense pour le protéger, de construire nos abris et nos demeures, mais aussi d'imaginer et de bâtir des chefs-d'œuvre qui jusqu'à nos jours font la fierté de l'Humanité entière.
Nous existons donc, mais nous voulons être de retour. De retour de l'enfer de trois siècles d'esclavagisme et d'autres siècles encore de colonisation sanglante et brutale. De retour de toutes les adversités et mesquineries, petites ou grandes, qui, pour certaines, perdurent encore. Ce retour, nous allons l'opérer à la manière qui sied aux vieilles et grandes civilisations qui ont marqué (et démarqué) notre continent. Nous allons nous présenter avec le sourire et la geste des peuples heureux, avec l'extraordinaire vigueur des jeunes, avec les boubous immaculés des sages, avec les stylets des savants immémoriaux.
Nous nous réunissons à Alger pour faire une offrande et nous allons offrir, à nous mêmes et à l'Autre, ce que nous avons de meilleur : notre culture.
Le Panaf d'Alger 2009 ne sera pas le catalogue d'une culture fossilisée, folklorique ou passive. Bien sûr que nous allons danser. Bien sûr que nous allons chanter. Bien sûr que nous allons parader, pavaner, étaler notre exubérance et nos retenues. Mais nous allons aussi, et peut être surtout, parler, réfléchir, interroger,se questionner. Avons-nous toujours été, comme le prétend l'Autre, en dehors de l'Histoire ? Est-il vrai que la modernité nous est tombée sur la tête au point de nous étourdir et de nous écraser ?
Dans ce cas, comment avons-nous fait pour bander nos arcs et la force de nos peuples pour nous libérer ? Où avons-nous pu trouver les ressorts pour nous redresser ? L'Histoire ? La religion ? Les messages chiffrés de nos mânes ? Il doit bien y avoir une réponse intelligible, logique, rationnelle. Et puis : où allons nous ? Qu'avons-nous fait de nos libertés retrouvées ? Que voulons-nous ? A Alger, durant le Panaf 2009, des centaines de lettrés, philosophes et sociologues, anthropologues et écrivains auront à affronter ce lourd questionnement. Loin de la bien-pensance poli??que. Librement, à l'ombre des baobabs d'Alger que sont les salles de conférences et les amphithéâtres de nos universités. L'Afrique attend leur message. Pour mieux se connaître. Et se faire connaître.
Article publié au 1er N° du Magazine PANAF Alger 2009
Par Zouaoui Benhamadi
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Chef de Département Communication au Festival panafricain